
Nathalie Le Corre
(directrice de l’espace Pasolini)
"On ne nous demande pas seulement des efforts économiques, on nous fait disparaître."
Depuis quelques semaines, les acteurs culturels postent des photos avec le #deboutpourlaculture. Le but ? Des comédiens, chanteurs ou autres acteurs culturels se tiennent debout sur scène avec une pancarte "Debout pour la culture". Le public, à l’arrière-plan de la photo, est lui aussi debout. Ce concept a été repris dans de nombreuses salles de spectacles partout en France.
Ce mouvement sert à dénoncer les coupes budgétaires effectuées dans de nombreuses collectivités territoriales, mais également les suppressions progressives de budget à l’échelle nationale. Nathalie Le Corre, directrice de l’Espace Pasolini à Valenciennes, fait partie de ceux qui ont partagé ce message.
Pouvez-vous vous présenter et présenter l’espace Pasolini ?
L’Espace Pasolini est un laboratoire artistique où se créent des œuvres et où se rencontrent des artistes. C’est un lieu de résidence et de fabrique artistique. On organise aussi des événements ou des temps forts comme le Next Festival.
On amène les artistes à la rencontre des habitants des communes, des salles des fêtes, des écoles, et des médiathèques. Notre travail est profondément ancré dans le territoire, avec une approche populaire.
Pourquoi avez-vous participé au mouvement #deboutpourlaculture ?
Nous avons publié le #deboutpourlaculture sur les réseaux sociaux car nous nous sentons menacés et mis de côté. Cette sensation de menace provient d'un manque de respect et de compréhension causé par le qualificatif de « non essentiel » attribué à la culture pendant la crise Covid. Cette période a causé beaucoup de dégâts.
Aujourd'hui, on ne nous demande pas seulement des efforts économiques, mais on nous fait disparaître.
Dans cette atmosphère pesante, les artistes et compagnies sont particulièrement menacés. Les structures diffusent moins. Cela met en péril les projets jeunes et émergents. Cette année sera une année de crise sociale pour le milieu culturel. Tous les corps de métiers sont affectés, que ce soient les intermittents du spectacle ou les techniciens.
La portée de votre #deboutpourlaculture est-elle nationale ou locale ?
Le problème est bien national. On traverse une période de crise.
Le président de la région Hauts-de-France a annoncé qu'il ne baisserait pas les budgets culturels, ou très faiblement. D'autres régions ou départements prévoient des réductions allant jusqu’à 70%. Le milieu artistique étant mobile, ces coupes auront des répercussions en ricochet à travers tout le pays.​

© Alexandre Lard
Qui a eu l’initiative de cette photo postée avec le #deboutpourlaculture ?
La prise de cette photo était de mon initiative. J'ai proposé l'idée, et un mouvement collectif s'est immédiatement formé. Le public, très sensibilisé, a réagi avec enthousiasme.
J’ai été émue par une solidarité, un engagement du public. Les gens sont sensibilisés et ne veulent pas qu’on touche aux artistes.
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Quelles mesures envisagez-vous face à de potentielles baisses dans votre budget ?
Nous avons toujours eu des tarifs très bas. Néanmoins, pour la saison prochaine, nous envisageons une augmentation des prix.
Nous pourrions également réduire le nombre de spectacles, bien que nous maintenions la saison actuelle en raison de nos engagements envers les artistes.
Ces mesures pourraient-elles aller jusqu’à des suppressions de postes ?
Je ferai tout pour éviter des suppressions d'emplois.
Par exemple, j'ai dû reporter l'embauche d'une jeune en CDI pour le développement des projets entre artistes et publics. Nous n'osons pas faire de nouveaux investissements et vivons au jour le jour. J’attends de voir comment l’année va se passer et les agissements de nos financeurs, notamment le département.
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© Alexandre Lard
Une baisse dans le budget de la culture aurait-elle plus d’impact sur les territoires ruraux et les petites structures ?
Si le soutien aux structures diminue, les petites structures et les territoires ruraux seront particulièrement impactés. Nous risquons de réduire notre présence dans ces zones et d’appauvrir notre contact avec des populations éloignées de la culture.
Ces mesures traduisent-elles un désintérêt de la population pour la culture ?
Pas du tout. Notre activité a repris très vite après le Covid. Je pense qu’au contraire, on a un public de plus en plus engagé, jeune et présent.
Nous développons beaucoup la relation avec le public à travers des ateliers et des rencontres, ce qui fidélise notre audience.
Au niveau national, on constate une politique d’austérité. Pourquoi la culture devrait être une exception ?
La culture est essentielle car elle crée un lien social, un espace d'espoir et de réflexion. Elle est le lieu du beau et de l'intelligence sensible, permettant une meilleure compréhension de soi-même et de la société.
On est dans un monde tellement individualiste et corporatiste, qu’il n’y a plus beaucoup d'endroits où on se rassemble. Pourtant, dans le public, on réunit des gens tellement différents. Plus que les mettre côte à côte dans un gradin, on débat avec eux.
Pour moi, la culture, la santé et l’éducation sont les trois facteurs essentiels pour développer une société. C’est une triade sacrée.
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Amélie Boniface
Une : © Alexandre Lard