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Les Saturnides
Partie 2
« La série aborde le manque de sommeil, mais aussi le réchauffement climatique »
Neegan Sioui Trudel, le réalisateur, et Rüdi Loup, qui incarne le personnage de Philippe dans la série canadienne Les Saturnides, étaient à Lille pour le festival Series Mania. Leur série, dont la sortie est prévue en octobre prochain sur TV5+, a été sélectionnée en compétition internationale dans la catégorie Formats Courts lors de cet événement incontournable dédié aux séries, qui s’est déroulé du 20 au 27 mars. Une belle opportunité pour l’équipe de se faire remarquer sur la scène internationale.
Est ce que vous consommez beaucoup de films d’horreur et si oui, quel type ?
Neegan : « J’en consomme moyennement, mais le scénariste de la série davantage.
Quand j’ai des projets d’horreur, oui là j’en regarde surtout pour étudier les visuels et la mise en place de l’horreur. Mais ici, on n'est pas dans l’horreur à la Conjuring avec des jumps scares (« sursaut de peur »). L’horreur pour moi, dans la série, c’est que ça pourrait arriver pour de vrai. Le manque de sommeil est une maladie qui peut être fatale, on peut mourir d’une crise cardiaque. »
Rüdi : « Moi j’adore le cinéma d’horreur, vraiment beaucoup ! Mais pas le cinéma d'horreur classique où ça va être des jumps scares. Je pense que dans l'horreur et le cinéma de genre, il y a des sujets que tu peux aborder d'une manière que tu ne pourrais pas autrement dans un drame classique ou plus réaliste. Par exemple, si tu prends Sinners ou Get Out, il y a de l'horreur mais ça dénonce aussi les préjugés racistes. »
Est-ce que vous vous êtes inspiré de votre ressenti lors du confinement ?
Rüdi : « Pas du tout j'ai adoré mon confinement ! Je sais qu’il y a des gens pour qui ça a été vraiment terrible. Mais, personnellement, pouvoir rester à la maison et lire des livres, regarder des films avec des gens que j'aime, c'était vraiment sympa. D'ailleurs, j'étais en France lors de mon confinement, dans le Gers. »
Qu'est-ce qui distingue le cinéma canadien ou québécois du cinéma français?
Neegan : « Je dirais que le cinéma québécois se distingue par son style de comédie. Les deux ont leurs styles distincts et s'exportent bien. »
Rüdi : « Je n'arriverai pas à dire une différence spécifique, car le cinéma québécois évolue beaucoup, mais on la sent, cette différence, et puis peut-être que c'est seulement une différence culturelle. »
Pouvez-vous élaborer sur l'évolution du cinéma québécois?
Rüdi : « Je pense que les moyens qu'on a au Québec sont moindres. On essaie de faire des grands films avec moins de moyens ce qui amène les équipes à trouver de nouvelles façons de produire avec moins de ressources. On a un côté débrouillard du point de vue technique. »
Neegan : « Montréal est souvent considérée comme une ville qui a une influence américaine, mais aussi européenne et canadienne anglo-saxonne. On a vraiment un mélange des cultures assez fort et ça influence aussi notre cinéma. On est aussi les seuls francophones en Amérique du Nord ce qui fait qu'on a une identité forte. Cela se représente aussi dans notre cinéma, avec par exemple le personnage d’Elvis Gratton, qui sont des films sur le public québécois qui s'américanise de plus en plus. »
C'est important pour vous de produire des œuvres en français ?
Neegan : « Oui bien sûr ! La langue, c'est la porte de notre culture, c'est la façon de communiquer notre histoire, l'identité et les valeurs. On doit être fiers de notre langue et de notre accent car ça fait partie de notre identité. »
Rüdi : « J'adore ma langue, je pense qu'il faut encore plus de poètes, de musiciens, de musiciennes et encore plus de films québécois. Comme l’a dit Neegan, la meilleure façon de préserver une culture, c'est par la langue et surtout au Québec. »
Neegan : « De manière plus large, il y a aussi des peuples autochtones au Québec et on les encourage vraiment à faire des films dans leur langue. »
Qu'est ce que vous voulez que le public retienne de vous ?
Rüdi : « Je dirais aux hommes d'aller en thérapie en vrai [rire] ! »
Neegan : « Notre série aborde le manque de sommeil, mais aussi le réchauffement climatique, donc mon intention était de dire de faire attention à ce qui se passe. Par exemple, nous, on a eu un hiver beaucoup plus froid dû à la fonte des glaces plus au nord qui libèrent du méthane par exemple. C'est maintenant que ça se passe, c'est vraiment dramatique. »
Il y a beaucoup de thèmes abordés, y a-t-il un fil rouge entre eux ?
Neegan : « Oui il y a une forme d'anxiété écologique et ça affecte directement les gens. Puis aussi j'ai l'impression que tout va extrêmement vite, tellement vite que j'ai l'impression qu’on ne voit plus rien, il y a tellement de surstimulations autour de nous. Aujourd'hui, même si on a aucune maladie liée au sommeil, on arrive quasiment plus à dormir dû aux distractions. »
Quel est votre point fort pour gagner le prix ?
Neegan : « Moi les prix ça ne me parle plus comme avant. Pour moi, le prix, c'est d'être tous là aujourd'hui et de rencontrer d'autres cinéastes. On a tous fait notre création et je trouve que c'est dur de juger une œuvre, c'est tellement subjectif. Si on remporte un prix c'est super mais c'est pas quelque chose qui va me faire manger demain. »
Rüdi : « Le simple fait d'être ici avec d'autres créateurs et créatrices et de pouvoir partager ce qu'on a fait c'est vraiment ça la victoire ultime. Pour nous, la raison première de notre venue est de partager notre art avec les autres. »
Quels sont vos autres objectifs en venant à Series Mania ?
Neegan : « On a aussi eu l'opportunité d'aller au forum professionnel, où j'ai rencontré quelques diffuseurs et j'ai aussi pu faire deux speech. Premièrement, pour faire la promotion des Saturnides et la vendre à un distributeur international. Puis, un autre pour présenter notre société de production, Oraquan médias. En ce moment, on a fait beaucoup de documentaires mais j'aimerais faire plus de docu-fictions. Mais l'univers de la fiction est très difficile et compétitif. Il est rempli de talents. »
Quelle est votre stratégie pour collaborer avec quelqu'un?
Neegan : « Pour collaborer ensemble, il faut avoir la même vision et bien s'entendre. Il faut privilégier l'aspect humain. En tant que producteur, je privilégie la forme horizontale c'est-à-dire que tout le monde écrit peu importe leur poste. »
Lison Braun
