
Mohamed Merabet
« Je veux faire ça pour rassembler »
Au Spotlight, sous les néons rouges de la salle, Mohamed monte sur scène et commence à faire rire son public à base de franchise et d’autodérision. Depuis juin 2021, c’est ce qui l’occupe quand le soleil se couche. Il nous offre ici une petite introspection sur ce qui se cache dans la tête d’un humoriste.
Pourquoi as-tu choisi la voie de l’humour ?
« Je crois que je voulais faire ça depuis toujours. Pas humoriste sous cette forme-là mais quand j’étais petit, je voulais faire rire les gens parce que c’était une manière de se faire accepter. Humoriste, j’ai découvert ça ici, au Spotlight en scène ouverte. »
Tu animes des ateliers de parole, coordonnes des scènes entre artistes, ça te tient à cœur d’avoir des responsabilités comme celles-ci ?
« Ouais carrément ! Organiser des plateaux d’artistes, ça se faisait à peine, donc oui ça me tenait à cœur. Je voulais rendre ce qu’on m’a donné. Même pour les ateliers c’est pareil, il y a un délire de transmission. J’ai fait ça avec des ados et des plus vieux, c’est trop bien ! »
L’humour, ça représente quoi pour toi ?
« C’est ultra nécessaire. On peut transmettre n’importe quel message à travers l’humour. Je ne sais pas si tu as remarqué mais tout ce qu’on regarde ces temps-ci sur TikTok ou Insta, ce sont des contenus drôles. C’est le meilleur moyen de faire passer le temps et aussi pour se sentir exister. Quand tu ne sais pas te faire prendre au sérieux, tu peux essayer de te montrer au travers de l’humour. Ça reste un peu pudique mais en même temps tu te dévoiles. Il faut être prêt : parfois tu fais ta vanne ça ne rigole pas, ou parfois ça rigole alors que tu n’as encore rien dit. »
« L’humour devient de plus en plus nécessaire dans notre société », es-tu en accord avec cette phrase ?
« Oui et non. Ça l’a toujours été. Pour moi c’est évident. A l’époque, on parlait de certaines pièces de théâtre considérées comme une hérésie parce qu’elles ne respectaient pas les mœurs. Mais il y avait un côté comique, ça faisait réagir donc je pense qu’aujourd’hui c’est pareil. Que ce soit bien ou pas, il faut des réactions et l’humour, c'est le moyen le plus simple pour faire réagir. Par exemple, Roman Frayssinet [humoriste français] te fait te rendre compte de certaines choses. Il souligne l’absurdité dans la banalité que tu ne vois même pas et ça te fait avoir un autre regard sur le monde. »
C’est une fierté de pouvoir faire rire les gens ?
« Je veux faire rire les gens. C’est con mais je trouve qu’on peut unir des gens tellement différents à travers le rire. Dans une grande salle de spectacle, un zénith par exemple, on peut voir une dame voilée à côté d’un vieux monsieur du Nord-Pas-de-Calais, qui est à côté d’une étudiante espagnole. J’abuse mais c’est trop bien. Je veux faire ça pour rassembler, même s’il y a quand même une part d’égo. Tu veux faire rire pour exister. Sans mentir, il n’y a pas que le truc romantique, poétique sur l’importance de l’humour. On ne pense pas au monde toujours H24, on pense aussi à soi parfois. Moi, c’est ma manière de me sentir important. »
Tu répondrais quoi à cette fameuse question qui fait débat : peut-on rire de tout ?
« Quand il y a un doute il n'y a pas de doute. Déjà, si on se pose la question c’est que bon… Je pense que c’est une question de temps, le temps fait à peu près tout passer. Quand c'est bien fait et que c'est vraiment assumé à 100%, ça peut être excellent. C’est aussi une question de dosage. Faut savoir doser. Je crois qu'on peut rire de tout mais pas tout le temps. Pas tout de suite. »
Quel est le but que tu te fixes ?
« Me faire élire à la mairie de Lille [rigole]. Non mais j'aimerais bien que l’humour soit mon quotidien. C’est un peu de la psychanalyse mais je n’ai même plus envie d’avoir le temps de réfléchir, j'ai envie d'être tellement occupé par ce que je fais. Je sais que ça va me faire kiffer. C’est le meilleur moyen, ça met un cadre donc imagine si j’ai un cadre avec un métier que j'aime. En plus, mon métier c’est de faire rire les gens, c’est incroyable. Mon ambition c’est de voyager de partout, de faire rire des salles pleines et d'avoir un spectacle qui cartonne. Mais pour ça, faut avoir du temps. »
Retrouvez son spectacle : à quoi bon ? au Spotlight Comedy Club, Lille.
Anne Descombes
